Jean-Pierre Humbert peintre et graveur
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A marée basse

C’est le meilleur moment de la journée pour découvrir des trésors !
Aujourd’hui l’artiste a ramené dans ses filets une ville imaginaire, avec des maisons solides, arrimées au rocher, ouvertes vers l’extérieur par de multiples fenêtres et balcons. Des maisons aussi qui se disloquent pour envahir l’espace, cherchant soutien sur les nuages. Un peu plus loin la cathédrale des temps modernes, un grand miroir qui ne réfléchit rien, juste capable de couper le ciel en deux. Nul doute, nous sommes dans la tête de l’artiste, et nous y reconnaissons les contrastes que nous aimons, les contrastes qui jalonnent aussi notre propre perception des endroits où nous vivons. Mais cette ville, est-elle vraiment imaginaire ? Difficile de ne pas voir Fribourg, son escarpement, ses vieux murs et sa verdeur puisée dans l’eau. Est-ce le Fribourg du futur, celui que nous connaîtrons après le réchauffement de la planète ? J’ai l’impression que l’artiste le sait. Il a ressenti le besoin de scinder son monde en deux, avec des ciels de couleur différente. Nul doute qu’il a choisi de vivre sur l’îlot. Un arbre suffit pour s’appuyer et contempler l’univers, et le rebâtir à sa façon. L’artiste a cependant pris garde à ne pas couper les ponts avec ses semblables. Il partage avec eux ses rêves et ses nuages, ce bout de terrain et de réalité qui sont les siens et qu’il tente de faire passer d’un côté à l’autre de la déchirure. Sûr qu’il va y parvenir, tant est grande la force de son coup de pinceau. A marée basse . Une manière aussi de nous rappeler que le monde renaît chaque jour et que nous, ses humbles citoyens, vivons au gré des vagues, bien souvent sans nous en rendre compte.
A quand La marée haute, que nous sachions mieux ce qui nous attend ?
Bernard Waeber
Texte paru dans le livre [Par défaut...], Jean-Pierre Humbert