Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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Ci-dessous, une reproduction de ma gravure RESTRUCTURATION et le texte qu’elle a inspiré à mon ami, le fameux artiste serbe Zeljko Djurovic. La gravure et le texte de Zeljko ont été publiés en 2007 dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Zeljko Djurovic
Est né le 12 décembre 1956 à Danilovgrad au Monténegro. Il est diplômé de la Faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade. Graveur et peintre, il travaille en indépendant depuis la fin de ses études. Il est membre du groupe ULUS et de l’association Ex-Libris de Belgrade. Son travail a été distingué à de très nombreuses reprises.

https://jphumbert.ch/zeljko-djurovic/3204/
Le site de Zeljko : http://www.zeljkodjurovic.com/biography.htm

 

RESTRUCTURATION – Gravure – JPH – 1996

RESTRUCTURATION – Un des 2 croquis réalisés en vue de la création de la gravure – JPH – 1996

 

RESTRUCTURATION

Texte de Zeljko Djurovic, peintre et graveur
Traduit du serbe par Milka et Jean-Pierre Humbert Humbert

La gravure exige maîtrise technique, conscience du procédé et du but. En conséquence, elle demande beaucoup d’habileté et de connaissances. Régie par des lois rigoureuses, élaborées pendant des siècles, contrôlées et perfectionnées, elle libère l’artiste-graveur des questions du lien entre passé et présent. Elle est et a surtout été pratiquée par des hommes d’un grand savoir-faire, habiles de leurs mains, très patients et précis dans le travail.

Une gravure est toujours un dialogue avec le passé, avec l’antique secret de la première empreinte. A l’aurore du genre humain, quand le chasseur préhistorique, prophète et artiste, retira sa main sombre, noircie de suie, du mur de la grotte, il a vu noir sur blanc, le mystère de la gravure. C’est la même émotion qu’éprouve l’artiste-graveur contemporain quand il lève sa feuille de la plaque gravée. Rien n’a changé, la métaphysique de la blancheur, le miracle de l’empreinte, exercent la même fascination. Culte et fétichisme des matières et de leur usage, particularité du procédé ne sont nulle part présents comme dans la gravure. En regardant l’œuvre de Jean-Pierre intitulée Restructuration on ne peut pas faire autrement que de se rappeler toutes ces spécificités de la gravure comme méthode* de création.

Irréprochablement réalisée et imprimée, claire dans ses idées, sa gravure tisse un lien entre le passé et le présent et elle anticipe le futur (pas très rose). Elle éveille chez l’observateur un sentiment nostalgique avec une projection rebutante du futur. Visuellement attractive, elle oblige l’œil du spectateur au changement perpétuel de distance focale, circulant de l’éloignement kilométrique aux micro-détails du premier plan. La correspondance entre le passé et le futur est établie de manière verticale, ce qui semble logique si l’on considère que l’artiste vit dans une ville à l’histoire profonde, et en mutation rapide vers la modernité. Vous ne pouvez pas regarder cette estampe sans vous interroger: d’où venons-nous, qui sommes-nous et où allons-nous ?

Du simple fait qu’il a contribué à faire connaître mon travail sur la scène artistique européenne, je ne peux pas écrire sur l’art de Jean-Pierre Humbert comme un observateur froid et indépendant ( de toutes façons il y a toujours une part de subjectivité dans l’art ). Il faut dire que notre collaboration professionnelle s’est depuis mutée en amitié.

* Méthode: Recherche, voies et moyens de rechercher. Procédé réfléchi et planifié du travail dans le but de trouver la vérité et la lumière.

 

RESTRUCTURATION – Peinture acrylique – JPH – 2001

 

 

J’ai fait la connaissance de Brigitte Rallu en 1989 au Musée Guimet à Paris. Je m’y étais déplacé pour participer au vernissage de l’exposition des gravures des artistes en compétition pour le concours international bi-annuel TRACE/ IDEMEDIA CREDOME. Je venais y recevoir la récompense attribuée au gagnant du premier prix. Brigitte avait aussi réalisé une gravure pour cette édition du concours (concours dont elle fut lauréate lors de l’édition suivante, en 1991). Son œuvre me plaisait beaucoup et nous avons longuement discuté. Peu de temps après, j’organisais le PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Je l’ai naturellement invitée à y participer. Elle a heureusement accepté ma proposition. Plus tard, en 1996, elle a réalisé une gravure en pointe-sèche intitulée FACE À FACE AVEC SA PAROLE pour l’abonnement Artistes européens de la Galerie Contraste.

 


L’UTOPIE SANS ILLUSION – Brigitte Rallu – 1991


C’est le privilège du noir de rendre le blanc plus présent et la clarté plus nécessaire. Ainsi, un arbre ou un bronze contiennent vitesse et légèreté. De sa stèle, l’Eros de Brigitte Rallu prend son envol. Dans la lumière, il plane, aussi libre et léger que les oiseaux qui le suivent.

Texte Étienne Chatton (1933- 2007)

 

 


BIOGRAPHIE

Plus d’informations sur le site de Brigitte Rallu  https://brigitterallu.com/accueil_044.htm

Dès 1977, Brigitte Rallu s’initie à la gravure avec Jean-Marc LANGE, grand prix de Rome de peinture, et travaille plusieurs années la sculpture avec Jacqueline DEYME, premier prix de Rome de sculpture. Encouragée par un prix avec le sculpteur César, elle s’installe à l’Étang la Ville en 1982. La même année, le Conseil Général des Hauts-de-Seine lui commande deux sculptures.

En 1988, elle crée avec quelques amis le groupe GRAVE destiné à promouvoir la gravure.


EXPOSITIONS COLLECTIVES

1988   Salon des artistes français, Paris
1989   Galerie “Il segno grafico”, Venise, Italie
          Salon des artistes français, Paris
          Galería Brita Prinz, Madrid
1990   Salon des artistes français, Paris
         Grande écurie du Roi, Versailles
         Salon de la gravure originale, Bayeux
1993   Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, Suisse
1994   Salon Itinéraires, Levallois-Perret
1998   Salon Perspectives, Dreux
1999   Salon de Montrouge
2000   Salon de Montrouge
2003   Impressions-Expressions à Louveciennes
2004   Salon Gravicel “à côté de la plaque”, Lille
2005   Ex-libris d’aujourd’hui à Bécherel, Cité du livre
          Impressions de La-Celle-Saint-Cloud, Hôtel de ville
2010    30 ans de l’atelier de gravure, Maison de l’Etang, Louveciennes

EXPOSITIONS PERSONNELLES

1987   Salon de l’hôtel de ville de la Celle saint Cloud
1990   Galerie de la Geole à Versailles
1994   Montserrat Gallery, New York
1995   Galerie Gabriel François, Levallois-Perret
          Galerie Garance, Saint Germain en Laye
1996   Galerie Aktuaryus, Strasbourg
          Galerie Nika, Fribourg, Suisse
1999   Invitée d’honneur du salon Perspectives, Dreux
2000   Art au seuil du 21ème siècle, galerie Quai 17, centre Leclerc de Royan
Galerie Clément, Saint-Germain-en-Laye
2001   Galerie Clément, Saint-Germain-en-Laye
2003   Galerie Allaire-Aigret, Paris
2004   Hôtel de ville de La Celle Saint Cloud
2007   Galerie L’Usine, Lyon
2008   MACparis
2009   MACparis
2009   Galerie L’Usine, Lyon

PRIX

1980   Prix de sculpture de la ville de La Celle Saint Cloud, (président du jury: César)
1988   Mención Honorífica au VI Premio de Grabado “Máximo Ramos”
1989   Prix Pinet de l’Institut de France (Académie des Beaux Arts).
1990   Prix “Máximo Ramos”, Ferrol, Espagne
1991   Lauréate du concours bi-annuel TRACE / IDEMEDIA CREDOME
          Médaille d’argent au salon des artistes français
1994   Prix de sculpture “Itinéraires”
1997   Prix d’Arts Graphiques, Dreux
1998   Grand prix du salon Perspectives, Dreux
2001   Prix des affaires culturelles, Viroflay
2003   Prix de sculpture du salon Nouvelles Tendances, Marly-le-Roi

COLLECTIONS PUBLIQUES

Sculptures réalisées pour le Conseil Général des Hauts de Seine
Gravures au Conseil Général des Yvelines.

ÉDITION

1992   Participation au livre “Paradis perdu ou l’utopie sans illusion”, Atelier Contraste, Fribourg, Suisse
2006  Edition de trois livres de gravures grand format “Elles”, “Elles”, “Ils”

 


L’UTOPIE, UNE QUESTION D’ÉQUILIBRE – Brigitte Rallu – 1991


“qu’est-ce que l’homme ?”… est toute la question.

En gravure comme en sculpture mon travail part toujours de l’émotion.
Il tourne parfois au jeu, sérieux. Il va souvent d’une idée à son contraire,
parce qu’ainsi nous sommes, dans une dynamique.

Brigitte Rallu

 

FACE À FACE AVEC SA PAROLE – Gravure (pointe-sèche) de Brigitte RALLU
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH – Abonnement “Artistes européens – 1996
PLAGE – Gravure – Brigitte Rallu – 1984

LA BALANÇOIRE – Gravure de Brigitte Rallu – 1984

 


QUELQUES SCULPTURES

      

MANNEQUIN – Sculpture – Brigitte Rallu             ROBE COQUELICOT – Sculpture – Brigitte Rallu

     

L’HOMME NUIT – Sculpture – Brigitte Rallu          L’HOMME NUIT – Sculpture – Brigitte Rallu

Décidément, ma présentation de quelques-uns des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE  me réserve bon nombre de mauvaises surprises, et vire à la chronique nécrologique. Aujourd’hui, en quête d’informations biographiques pour compléter ma présentation de l’ami Jean Coulon, graveur, musicien et comédien belge, je découvre avec une profonde tristesse qu’il est mort le 7 octobre 2020 à Rhodes-Saint-Genèse. Dans la rubrique inaugurale de cette suite de publications, Jean Coulon avait été cité en sa qualité de lauréat de l’un des prix du concours. Par la suite, en 1995 et en 2000, il avait gravé 2 magnifiques burins pour mes éditions d’estampes.

Adieu Jean ! Merci pour tes belles œuvres et pour les heures heureuses que nous avons passées à travailler ensemble.

 

L’UTOPIE SANS ILLUSION – 1991 – La contribution de Jean Coulon au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE


Jean Coulon a construit l’arche, mais le déluge n’est pas venu. L’embarquement n’a pas eu lieu. Sur la plage à sec, le grand oiseau dort sur ses cales. Aux vergues pendent les cordages. Dans la ville qu’on avait laissée à l’abandon, il eût fallu se remettre à l’ouvrage. On dressa une échelle, quelques échafaudages mais le cœur n’y était plus.

Étienne Chatton 1933- 2007

 

Ci-dessous, un portrait photographique de Jean Coulon et une reproduction du burin qu’il a créé et gravé pour l’édition 1995 de notre publication “Artistes Européens”

Jean Coulon en 1995


Jean Coulon sur Wikipédia  https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Coulon_(graveur)

Hommage à Jean Coulon – Vidéo de Xavier Rouchaud  https://www.youtube.com/watch?v=9JT76z7UdmA

 

RACCOURCI BIOGRAPHIQUE

Jean Coulon est né à Ixelles en 1947 et mort à Rhode-Saint-Genèse le 7 octobre 2020.

MUSIQUE-THÉATRE – Étudie dans sa jeunesse le solfège, le tuba et s’initie au jazz aux cours du soir.

De 1980 à 2004, parcourt le monde avec des troupes de théâtre. Comme musicien et comédien, rencontre Franco Dragone, Michel Dalher et autres metteurs en scène de haut niveau au sein du Théâtre-Attrape. Fait partie du spectacle le Théâtre National Populaire de Luxe, monté par le Cirque du Trottoir et l’ensemble québécois La Fanfafonie – qui donneront naissance au Cirque du Soleil. Travaille avec Kevin Brooking dans les festivals de théâtre de rue, parcourant l’Europe de 1997 à 2004.

GRAVURE – Membre actif de lAtelier de gravure Kasba (Boitsfort) depuis 2000.

Techniques de prédilection: Gravures sur cuivre : burin, pointe sèche, roulette et généralement procédés de gravure sèche, sans acide. Gravure sur bois.

TYPOGRAPHIE Acquiert du matériel typographique ancien et imprime divers livres d’artistes, notamment pour les Editions Commune Mesure avec J.-H. Malineau (Paris), avec le graveur Roger Dewint et les recueils de gravures de lAtelier Kasba.

EXPOSITIONS – Expositions personnelles en Belgique, France, Suisse, Danemark, Québec. (Centres culturels, galeries). En groupe, participe à de nombreuses biennales depuis 1972 : Ljiubliana, Biella (I), Bromsgrove (G.-B.), Leipzig, Mulhouse, Florence, Nürnberg, Heidelberg, Grenchen (CH), Digne (F), etc… Et nombreuses autres expos collectives notamment au sein de l’Atelier Kasba à Boitsfort.

PRIX EN GRAVURE – Prix triennal de la Commune dIxelles (B), 1979/ Prix Guy-Lévis Mano, avec J.-H. Malineau, Paris 1986/ 3e Prix de l‘atelier Contraste, Fribourg (CH)/, 1992 2e Prix de latelier Trace, Paris 1993/ Prix LibrArt, Libramont (B), 1997 & 1998.

Notes: Jean.Coulon a donné plusieurs stages de formation à la gravure au burin dans des académies de cours du soir (académies d’Anderlecht, de Wavre, … et à l’académie de Bruxelles (cours du jour, section gravure). Il a été sollicité comme membre de jury de différentes académies et de l’école de La Cambre (section gravure).

Ma démarche artistique: Je suis graveur sur cuivre au burin, à la pointe sèche et roulettes, c’est-à-dire avec des outils qui attaquent directement le cuivre destiné à l’impression. La lenteur et la réflexion font intimement partie de mon inspiration. Le feedback de ce qui se grave est immédiat. Je m’y plais. Cette lente sécrétion me mets en contacte avec l’image en ce qu’elle a de plastique et ce grand besoin de liberté qui s’ouvre quand je travaille. Je sais que mes images seront vues à gauche, à droite, goûtées dans le moindre détail, montrées à des  enfants, des vieux, des gens de toutes les couches sociales qui vivent et vibrent dans leurs sphères… Je leur parle, à ces gens, mais eux me répondent, je ne suis alors qu’une antenne, je les capte comme si leur existence me tombait dessus. Espaces denses si humains, lieux de présences, de catastrophes ou d’harmonie . La masse humaine est si riche, en perpétuelle croissance. La vie est multiple d’événements magnifiques et terrifiants…  Je m’y promène sans pessimisme pourtant, n’étant qu’un tout petit atome dans la marée, déjà si heureux d’être en vie. Je n’aime pas le désespoir.


SAXOPHONE – Gravure – Jean Coulon -1995 – Abonnement «Artistes Européens»
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

 

1995 – L’atelier et la galerie Contraste sont installés à Charmey – Article Pierre Gremaud “La Liberté”

 


Croquis de préparation pour le burin EFFET DE SERRE – JC – 2000
Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

 

EFFET DE SERRE – Burin – Jean Coulon – 2000
Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

 

LA LIB RECRUTE. PARTAGEZ !

Quand, avec la conviction de l’illuminé foudroyé par la foi, un d’jeun’s comme le rédacteur en chef de La Liberté vous enjoint de partager ses messages, solidaire, vous foncez sans réfléchir : VOUS PARTAGEZ ! J’ai écrit vous, car, depuis que, sur toutes sortes de supports publicitaires, les gentils animateurs de ce quotidien m’ont familièrement demandé: T’as lu la Lib, je ne partage plus la propagande poussive qu’ils distillent. Il m’est déjà arrivé que quelqu’un me demande si j’avais lu La Liberté du jour, mais personne ne m’a jamais interpellé avec un joyeux: T’as lu la Lib.

Cette pitoyable parodie d’un mode d’expression jeune complètement fantasmé doit être efficace car, avec le soutien de la Banque Cantonale de Fribourg, sur le même ton, La Liberté continue à draguer les cerveaux mous avec, affiché au format mondial, le slogan: Fini l’information poubelle sans valeur NUTRITIVE / Mets gratuitement dans ta poche de l’info de qualité jusqu’à la fin de tes études. Cela m’intrigue ! Cette forme parfaite de médiocrité racoleuse séduit-elle vraiment ? Si oui, la Force Opérationnelle (pour les colonisés, la Task Force) du groupe St-Paul qui chapeaute le journal le claironnera: Patience !

Depuis bientôt une année que la dictature sanitaire est au pouvoir, nous avons pu mesurer la valeur nutritive du journal préféré de nos concitoyens. À l’unisson avec les autres médias subventionnés du pays, il nous a inlassablement servi le même menu, fait de peur et de culpabilité sur fond de gluante gentillesse bien-pensante. J’en demande pardon à ceux qui ont aimé les plats qui nous ont été concoctés… je n’ai pas avalé grand-chose, et malheureusement, j’ai tout régurgité. Désolé ! Alors, l’information poubelle, c’est qui, c’est quoi ? En tous cas, de qualité ou pas, je la conserverais ailleurs que dans ma poche.

LA LIBERTÉ… une poubelle près de chez vous. PARTAGEZ !


LA LIBERTÉ PRÈS DE CHEZ VOUS – Technique mixte – JPH – 1976-2008

NÉPOTIQUE BUREAU – Lithographie – JPH – 1976


NÉPOTIQUE BUREAU
Texte de Jean-Christophe Emmenegger

Entre la réalité et la fiction, l’image donne encore quelques informations. Pas de l’imagination sans contrôle ou sans objet, ni l’expression de la nécessité d’exister – car l’idéal apparaîtrait derechef sur un plateau comme la tête de Jean Baptiste. Mais l’image essentielle, artistique, – pour l’appeler encore ainsi, – malgré des tentatives de destruction bien actuelles…

Pour détruire la possibilité de l’image, il n’y a pas d’autre choix que s’attaquer à la surface, miser sur l’épuisement par la répétition, se laisser aller à l’hébétude par l’exacerbation des contraires ou introduire le paradoxe en faveur de la vie qu’est le cri d’agonie.

Mais l’image reste autant possible que ce fond noir comme l’univers sans regard, un fond d’erreur ou de possibilité sans limites. Une tête au carré sécrète, exorbite de façon symbolique deux têtes mieux humanisées et ainsi de suite jusqu’au premier plan dénonçant l’illusion : ces quatre personnages sans beaucoup d’identité propre, rappellent autant les camps de concentration que les clones plus récents. Ils nous regardent et disent «c’est ainsi que nous sommes» à moins qu’ils ne posent la question «est-ce ainsi que vous êtes?»

Malgré cette multiplication classique du népotisme à partir du grand patron carré, symbolique, il reste un espoir avec les nuances d’humanité perceptibles dans les visages au premier plan : ce sont eux qui regardent et qui sont regardés, eux qui ont le plus de présence.

Paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert

Suite de la présentation de quelques-uns un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE.

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le chanteur et graveur bernois Arthur Loosli, dont je viens d’apprendre fortuitement qu’il est mort récemment, le cinq janvier 2021, à l’âge de 94 ans.

En 1986, dans les rues de Fribourg, une affiche annonçait la tenue d’une exposition des œuvres d’Arthur Loosli au musée de Thoune. Une découverte… subjugué par la superbe gravure reproduite sur cet imprimé de format mondial, je me suis empressé d’aller visiter l’exposition. Je n’ai pas été déçu. À mon, je proposai à Monsieur Loosli d’exposer dans ma galerie Contraste et de réaliser une gravure pour l’abonnement “Artistes suisses”.  MUSIQUE VIVANTE, l’estampe qu’il a gravée pour nous, a été présentée aux abonnés de la galerie lors du vernissage de l’exposition consacrée à ses œuvres en 1987. Arthur Loosli était aussi un chanteur de renom (baryton-basse). Pendant l’exposition, j’avais loué un piano à queue. Entouré de ses dessins et accompagné de son pianiste, Arthur avait interprété des compositions de Brahms et de Schubert pour les fidèles amis de la galerie. Mémorable!

En 1990, il a réalisé une suite de 7 dessins pour la publication LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX vus par 7 artistes (Contraste Éditeur) ainsi qu’une gravure, sur le thème de LA COLÈRE (voir la reproduction un peu plus bas), destinée à l’édition de tête de ce livre. L’année suivante, il avait répondu positivement à mon invitation à participer au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE avec sa pointe sèche LE COUCHER DU SOLEIL.

Plus tard, il m’a confié le tirage de plusieurs de ses gravures. Dans les tiroirs qui abritent sa collection, l’Association Galerie Contraste conserve précieusement une épreuve du bon à tirer de chacun des sujets que j’ai imprimés. De quoi monter une belle exposition…

Depuis 1993, nous nous sommes perdus de vue. Me baladant sur internet, je me suis demandé ce qu’il était devenu. C’est ainsi que j’ai appris qu’il avait quitté notre monde pour l’éternité. Depuis longtemps, presque quotidiennement, j’ai une pensée pour lui, quand mon regard croise deux de ses représentations de DON QUICHOTTE accrochées à nos murs. Des pensées fugitives qui m’accompagneront encore longtemps. À bientôt, cher Arthur…JPH

Plus d’images – https://www.google.com/search?source=univ&tbm=isch&q=arthur+loosli&client=firefox-b-d&sa=X&ved=2ahUKEwi5pObDmp7uAhURrKQKHXT9CvsQiR56BAgUEAI&biw=1280&bih=882

 


MUSIQUE VIVANTE – Arthur Loosli – Eau-forte – 1987
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH – Abonnement Artistes suisses 1987

 


LE COUCHER DU SOLEIL – La contribution d’Arthur Loosli au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE.

 

Arthur Loosli joue le cow-boy solitaire. La brume envahit la plaine. Seul, émerge encore Guillaume Tell, Vieux Fidèle des Westerns Emmenthal. L’effigie du Père Fondateur se détache sur un soleil couchant qui brille comme une pièce de cent sous. L’amour décapité s’appuie à son arc. Il n’a plus de carquois et sa flèche est restée plantée dans la pomme de Gessler. Un ange passe, trop haut pour qu’on puisse le plumer.

Mais qu’est-ce qui a pu motiver ce coup de pied aux sans-futur ?

Texte Étienne Chatton (1933- 2007)

 

LA COLÈRE
Arthur Loosli – Eau-forte – 1990

Cette œuvre est insérée dans le coffret qui constitue l’édition de tête du livre LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX, vus par 7 artistes. Ont aussi participé à cette aventure:  Teddy Aeby, Peter Brauninger, François Gendre, Josiane Guilland, Jean-Pierre Humbert et Patrck Savary.

CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH  – 1990

 


1999 – Arthur Loosli grave – Photographie empruntée à l’internet


BIOGRAPHIE
Pour en savoir plus sur Arthur Loosli, je vous suggère de visiter son site internet : http://www.arthurloosli.ch/home.html

 

Article de Béatrice Geinoz-Berset pour La Liberté

 


Arthur Loosli als Konzertsänger an einem Liederabend, 1962 – Photographie empruntée à l’internet


LE MUSICIEN Arthur Loosli

Hommage: http://www.buero-dlb.ch/de/archiv/bildende-kunst-fotografie-grafik-architektur-design/der-schweizer-konzertsaenger-zeichner-kunstmaler-und-lehrer-arthur-loosli-ist-gestorben

https://www.musicme.com/Arthur-Loosli,-Karl-Grenacher/

Comme annoncé dans un précédent épisode de ma NEF DES FOUS du mois de décembre 2020, en ce début de l’an 2021, je vous présente quelques-uns un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Aujourd’hui je vous propose de découvrir le graveur et ébéniste français Pierre Vincendon (1923-2007). 

1991- L’UTOPIE SANS ILLUSION
Ci-dessus, la gravure au burin avec laquelle Pierre Vincendon a participé
au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE en 1991


La paix, un bel oiseau de paradis, plié amoureusement par Pierre Vincendon. La main du graveur le tient si haut que nous devrions croire à son éternité. La colombe porte en guise de plumet cinq feuilles de laurier toujours vert. Mais le ciel est barré de trajectoires d’autres oiseaux. Des superforteresses volantes lâchent leurs bombes. Un de ces œufs a explosé si près qu’il a touché la cocotte dérisoire; une traînée de sang poisse la main de l’artiste. Clarté et mesure du génie français: une aura de tendresse voile la totale cohérence de la démarche.

Texte d’Étienne Chatton (1933- 2007)

 

Portrait de Pierre Vincendon emprunté à internet et trafiqué par mes soins sur photoshop


Notice biographique
http://www.auxerretv.com/content/index.php?post/2011/09/18/Pierre-Vincendon-sera-incin%C3%A9r%C3%A9-lundi-%C3%A0-Auxerre

Né en 1923, à Pont-Evêque dans l’Isère, après le bac, il est entré à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon en 1941.
Suite à des mouvements étudiants, il arrive en 1943 au camp de Cravant qui servait d’usine de réparation d’avions allemands. Consécutivement à un bombardement anglais, il s’évade et entre dans le maquis FTP «La Marseillaise» de Vermenton. Blessé, il rencontrera sa future épouse, Simone.

Après guerre, il réintègre l’École, achève ses études et œuvre dans le vitrail et le fer forgé. En 1949, il devient professeur en cette même École où comme il le disait il devint professeur aux côtés de ses anciens professeurs, puis de ses camarades de promo et enfin de ses propres élèves. Parallèlement à son activité d’enseignement il pratique l’art du burin en taille douce (une centaine de «plaques») et à cette occasion part à la quête des grands anciens et de leurs recherches sur les proportions harmoniques, les canons de la Beauté…

Effectuant ses recherches et gravant ses plaques à Lyon, il effectuait les tirages dans sa résidence secondaire de Brosses (89660) dans l’Avallonnais. Ce qui lui permettait de signer de son nom en ajoutant les lettres EA = épreuve d’artiste (gravure dessinée, gravée et tirée par l’artiste). Il s’attachera tout particulièrement au Nombre d’Or et ses rapports au pentagone qui lui feront aimer le château de Maulnes (il créera une composition sur ce thème).

Son ami Jean-Marie Lemaire qui organisa l’une de ses expositions dit dans la présentation: «Pierre Vincendon a fait le deuil de la couleur. Il nous fait partager son respect pour le Travail, ses outils et la main qui les tient, son admiration pour l’Architecture, le Nombre d’Or et la Divine Proportion. Ainsi grâce au juste équilibre des énergies qui sous-tendent chaque composition, comme magie noire et magie blanche, Pierre Vincendon, tel l’Alchimiste, nous aide à passer par sa Porte d’Harmonie et à pénétrer à l’intérieur de l’Œuvre qu’il construit à la mesure du Monde.»

Il exposera dans de nombreux lieux de Vezelay à Tokyo.

Retraité en 1966, il continuera jusqu’en 2003 la gravure puis pour des raisons de santé devra l’abandonner. Il reviendra, toujours dans le même esprit, au dessin et au pastel… Ces derniers mois, sa santé s’était altérée, mais il continua jusque dans les derniers jours à dessiner.

Il souhaitait donner son corps à la science mais n’eut pas le temps de remplir les papiers.

Utopiste, il croyait en la phrase de Dostoïevski : «La Beauté sauvera le monde…»

 

COURRIER DES LECTEURS

oui les traités de paix ne sont qu’illusion de papier, bons à faire des cocottes
quelle estampe! idée, finesse exceptionnelle et richesse des interprétations.
j’aime particulièrement la singularité de la main qui semble sortie d’un tableau d’avant la renaissance.  si délicate et douce qu’elle semble peinte. à elle seule, elle me fait gamberger dans le tranchant de son déco.

bon dimanche

colette maillard

Comme annoncé dans un épisode du mois de décembre 2020 de ma NEF DES FOUS, je vous présente un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE J’inaugure cette suite avec le graveur lausannois Jean-Pierre KAISER (1915-2001). 

1991- L’UTOPIE SANS ILLUSION
Ci-dessus, la gravure à l’eau-forte avec laquelle Jean-Pierre Kaiser a participé
au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE en 1991

Jean-Pierre Kaiser hausse d’un ton l’insolence. Elle atteint au sommet les maîtres de l’Utopie dont la morgue surpasse nos glaciers pourtant marqués de l’emblème national. Quand les arbres meurent, la candeur n’est plus de mise; osons voir la réalité sous ses deux profils. Tout est dit dans ces robots affrontés: la machine de guerre des multinationales, leur emprise sur la cité, leurs hiérarchies calquées sur les trois pouvoirs qu’elles enserrent de leurs anneaux. Aux commandes: des puissances invisibles parce que hors du cadre. Énergie sidérante, à la mesure de son objet. Le propre de l’homme, c’est son inhumanité.   Texte d’Étienne Chatton (1933- 2007)

Deux liens pour mieux connaître Jean-Pierre Kaiser :
Jean-Pierre Kaiser- Météores et phénomènes
Jean-Pierre Kaiser – Biographie

Pendant les années septante, je feuilletais régulièrement le journal de La Migros qui s’appelait alors Construire. Ce n’était pas pour m’informer des dernières actions avantageuses proposées par le supermarché , mais pour y découvrir des artistes peintres et graveurs. Monsieur Sylvio Acatos, un fameux historien de l’Art, en était le rédacteur en chef. Sous sa direction, le journal présentait régulièrement un artiste suisse et éditait une de ses estampes dont le tirage très limité était numéroté et signé. Les coopérateurs pouvaient acheter l’œuvre, qui était vendue à un prix attractif. C’est là que pour la première fois j’ai vu une reproduction d’une gravure de Jean-Pierre Kaiser. Coup de foudre, commande, et… le tirage était épuisé.

En 1989, lorsque j’ai lancé les invitations à participer au 1er PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE, j’ai bien sûr pensé à Jean-Pierre Kaiser. Il a répondu à mon invitation avec la gravure L’Utopie sans illusion… reproduite plus haut. Quelques année plus tard, en 1998, avec Milka, nous l’avons enfin rencontré, et il a accepté que nous éditions trois de ses gravures pour notre publication Abonnement Artistes Suisses. Pour les amateurs, il reste une épreuve à vendre de chacune des trois gravures de l’Abonnement (ESPACE XIX / ESPACE XVIII / ESPACE XXIV).

C’est avec nostalgie que je me souviens de longues et passionnantes discussions, assis dans la véranda qui surplombait un beau jardin et la ville de Lausanne. En 2015, quatorze ans après sa mort, nous lui avons rendu un modeste hommage à la Galerie Contraste. Toutes les personnes présentes lors du vernissage se souviennent de l’émouvant et poétique exposé de notre ami commun, le peintre et graveur Jacques Cesa (1945-2018) qui fut l’élève de Jean-Pierre Kaiser à l’École des Beaux-Arts. Malheureusement, je ne peux pas vous en montrer plus, car je n’ai pas reçu le manuscrit de la présentation de Jacques et, comme souvent à la galerie Contraste, les photographes étaient au chômage. JPH

ESPACE XIX – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

ESPACE XVIII – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

ESPACE XXIV – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

Eau-forte de Jean-Pierre Kaiser

UN NUAGE … UN MIRAGE – Technique mixte –  JPH – 1990-2009

 

UN NUAGE … UN MIRAGE

Assis, les yeux fermés, je regarde un nuage.
Lentement, progressivement,
Il investit l’écran bleu de mes rêveries.
Animé par un vent malicieux,
Il dévoile l’esquisse floutée d’un corps féminin.

Assis, les yeux ouverts, je ne vois plus rien.
Dans le ciel nocturne,
Flotte l’un de mes châteaux en Espagne
Insensiblement absorbé par l’obscurité.

J’aime prendre mes désirs pour la réalité.

Retour en 1991, avec le concours international d’estampes (lithographie, gravure, sérigraphie) que j’ai organisé sur le thème PARADIS PERDU… ou l’utopie… sans illusion. À charge pour les artistes invités à y participer d’illustrer ce paradoxe. Le format de l’œuvre à réaliser était aussi imposé. 85 artistes venus des cinq continents ont répondu à mon appel dont il faut dire qu’il était très alléchant. Les œuvres en concours ont été exposées et mises en vente aux cimaises de sept institutions différentes en Suisse romande et en Suisse alémanique. Elles étaient toutes reproduites dans un livre, dont vous pouvez voir la couverture ci-dessus. Résultants du vote des visiteurs de la tournée d’expositions, trois prix ont été attribués aux artistes graveurs Eric Robert-Aymé (France), Albin Brunovski (Slovaquie) et Jean Coulon (Belgique). L’aventure s’est terminée en beauté en 1992 au Musée d’art et d’histoire à Fribourg par une exposition des œuvres en concours, et l’accrochage d’une trentaine de gravures de chacun des lauréats. Tout le temps de la manifestation, j’assurais l’animation d’un atelier d’impression de gravure en taille-douce.

Depuis, j’ai édité des œuvres de plusieurs des participants au concours. Pendant l’année 2021, je vous ferai découvrir quelques-uns de ces artistes dans ma rubrique DANS L’OCÉAN ARTISTIQUE – courants chauds de ce carnet de bord.

 

Eric Robert-Aymé a froissé le journal et ses feuillets maculés d’encre. Ses caractères d’imprimerie n’ont guère plus de sens que l’agitation des fourmis noires. Toujours le même “Monde”. De notre envoyé spécial: sensationnel, imminent, combats, rencontres, alliés, paix. Mais effrayée de tant de bruit, la colombe s’est envolée.

Étienne Chatton 1933- 2007

Albin Brunovsky s’arrache à la terre. Son objet volant non-identifié tient du nid de frelons, de la colonie d’oiseaux tisserins et du vaisseau spatial. Aux amarres s’accrochent encore d’autres nacelles, aux vergues des bipèdes. Armés de lances, ils continuent à combattre les envahisseurs, des mutants de tous stades. De curieux marsupiaux qui ont raté l’embarquement poursuivent l’engin. Superbe utopie! Elle relie l’arche de la Genèse aux mythes futuristes de Zardoz ou Alien.

Étienne Chatton 1933- 2007

Jean Coulon a construit l’arche, mais le déluge n’est pas venu. L’embarquement n’a pas eu lieu. Sur la plage à sec, le grand oiseau dort sur ses cales. Aux vergues pendent les cordages. Dans la ville qu’on avait laissée à l’abandon, il eût fallu se remettre à l’ouvrage. On a dressé une échelle, quelques échafaudages mais le cœur n’y était plus.

Étienne Chatton 1933- 2007

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Peinture acrylique – JPH – Détail de la version de 1981

 

Penser contre son temps, c’est de l’héroïsme.
Mais le dire, c’est de la folie.
Tueur sans gages – Gallimard – Eugène Ionesco – 1912-1994

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME… feuilleton-saison-2


ÉPISODE 1/5

L’aventure a commencé en 1981. Pour fêter les 10 ans d’existence des Laboratoires Golliez à Courgevaux, la direction de l’établissement m’a sollicité pour créer un nouveau logo et tous les produits publicitaires qui vont avec. Mais ce n’est pas tout… À l’initiative de mes amis Michel Dousse et Jean-Marie Jenny, organisateurs du jubilé de l’entreprise et membres de sa direction, j’ai aussi été mandaté pour réaliser une peinture murale dans l’entrée de l’usine. Mauvais plaisant patenté, j’ai abusé de la liberté totale qui m’était accordée, pour concocter une image ambiguë, affublée de ce titre équivoque: Le triomphe du conformisme. L’histoire s’est terminée en beauté par une grande fête composée de distingués discours officiels, suivis d’un festin comme dans les albums d’Astérix.

ÉPISODE 2/5

Quelques mois plus tard, je suis allé photographier ma peinture. Avec le recul, j’ai trouvé qu’elle avait beaucoup de défauts, et j’ai longtemps songé à me rendre sur place pour y remédier. J’ai ruminé cette idée pendant encore six ans. Finalement, j’y suis retourné pour prendre les mesures de la paroi. Plutôt que de rafistoler ma peinture, j’ai choisi de la refaire. Une fois terminée, je projetais de coller la nouvelle version par-dessus la première. J’ai fabriqué un grand châssis, 351×258 cm sur lequel j’ai tendu ma toile. C’était parti, pendant quatre mois, je m’attaquais une fois de plus au conformisme… Pour la gloire ? Pour l’argent ? Non… Simplement pour essayer de mieux faire… Être en paix…

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – 1988 – Peinture acrylique de…


ÉPISODE 3/5

Le nouveau tableau était pratiquement terminé, quand le fameux boucher artiste-peintre Corpatoo est passé à mon atelier en quête de renseignements. D’emblée, il me dit : C’est magnifique ce que vous faites là ! – Merci du compliment. – Est-ce une commande ? – Non – Alors, il faut le vendre – Euh, je veux bien, mais à qui ? – Moi je connais quelqu’un, je vais lui en parler.

Le lendemain, Monsieur Corpatoo me rend visite à l’atelier, accompagné du gérant du restaurant de l’institution qui s’appelait encore l’École Normale. Enthousiasmé, ce dernier en parle au directeur de l’établissement, qui, à son tour, vient voir l’objet de mon travail. Il réagit très positivement. Quelqu’un de plus prétentieux que moi dirait qu’il était emballé. Décidément, cela s’annonce bien. Il passe commande. Reste à choisir l’emplacement qui recevra mon œuvre. Ce sera au fond du spacieux couloir qui longe la mensa, sur une paroi qui, au centimètre près, a le même format que ma peinture. Un coup de maître du hasard ! Et votre décision de remplacer l’œuvre sise à Courgevaux, me direz-vous? Bon, vous connaissez le livre de Jacques Monod, Le hasard et la nécessité. Oui, c’est injuste, la nécessité abuse souvent du hasard pour justifier ses actes. J’ai renoncé à ce geste chevaleresque et désintéressé. Quelques semaines plus tard, avec mes amis relieurs de la Bibliothèque Cantonale, nous avons collé mon œuvre contre le mur qui semblait l’attendre depuis toujours.

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Peinture acrylique – JPH – 1987-88


ÉPISODE 4/5

C’était en 2018, au hasard d’une promenade, je passais devant l’École Normale qui a gradé et s’appelle aujourd’hui Haute École Pédagogique. J’ai pensé à mon tableau qui était installé depuis 30 ans dans l’enceinte de cette vénérable institution. Je me suis dit que ce jubilé valait bien une visite. Mon œuvre n’avait pas bougé. Dans la pénombre, à l’extrémité de son confortable couloir, protégée des regards et des agressions de la lumière par une rassurante et reposante pénombre, elle avait été en quelque sorte augmentée par l’apport d’une cinquantaine de chaises soigneusement empilées devant elle. Avec cette touche contemporaine, mon portrait amusé de nos sociétés progressistes et mon goût de la perfection étaient enfin comblés. Amis agents de la fonction publique, je vous remercie chaleureusement  pour votre intervention zéro point zéro, authentique point d’orgue à ma vision du conformisme et du conformiste…

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Version augmentée – Photographie de JPH – 2018


ÉPISODE 5/5 – Épilogue

Les feuilletons les mieux tournés ont une fin. Heureuse et moralisatrice chez les vendeurs d’illusions du conformisme, incertaine et inquiétante pour les autres. Dans ma nouvelle série Réchauffement esthétique aux rebondissements mal pensants (mal pensés?), par le feu, par l’eau, le vent, la chimie, etc., j’ai entrepris et mis en scène la destruction prématurée de certaines de mes réalisations. Le triomphe définitif du conformisme (ci-dessous reproduit) est la première image de cette entreprise ainsi que l’épilogue de mes réalisations consacrées au conformisme qui, à mes yeux et contrairement à ce qu’affirme le dictionnaire, n’a que peu à voir avec le traditionalisme. Je le comprends plutôt comme une expression de la soumission à la doxa du moment.

Pareillement, les entreprises les plus prospères ont une fin. En novembre 2001, la raison sociale Laboratoires Golliez SA est radiée, c’est la faillite. L’usine sert maintenant d’entrepôt pour des produits de luxe. J’y suis allé en 2018. Ambiance crépusculaire… Une secrétaire et un manutentionnaire gèrent le départ des occupants. Ma peinture est encore là… Et moi de même…

 

LE TRIOMPHE DÉFINITIF DU CONFORMISME – Technique mixte – JPH – 2019-1987-88